Vüs’at O. Bener için Tek Nüsha / La Trappe

Aside

Vüs’at O. Bener için Tek Nüsha / La Trappe

 

La Trappe / Vüs’at O. Bener

Yayına hazırlayan: Alpagut Gültekin
Fransızcaya çeviren: Ahmet Soysal
Desenler: Canan Tolon
Mizanpaj ve cilt: Ayşe Orhun Gültekin

Tek nüsha
15,5 x 21 cm
2005

İÇİNDEKİLER

Le manteau
Sans commentaire
La trappe
Kaya

SANS COMMENTAIRE

Nous l’avons décidé. Nous traverserons le lac en bicyclette. Je n’ai pas accepté la proposition d’attacher des barquettes aux roues. Nous n’avons pas coulé. Quand nous avons atteint l’autre rive, j’ai vu ma mère qui m’attendait. Nous nous sommes donné l’accolade. Les escaliers aussi, nous les avons grimpés en bicyclette. Nous étions trois dans la chambre. Je me suis étendu sur le lit au sol. Une mouche noire de la taille d’une noisette au plafond. J’ai saisi la raquette. J’ai raté mon coup. J’entends son bourdonnement aux quatre coins. Je suis entré par le seuil. “Ce n’est pas toi” a dit mon enfance. Nous avons demeuré côte à côte. L’épée qui était dans sa main est descendue sur ma tête. J’ai ri. J’ai grandi soudain. Ma table est pleine de poussière. Je dois le noter. J’oublierai sinon. Mon écriture s’est tordue comme une ficelle. Elle me serre la gorge. J’ai crié. “Ne serre pas!” Ils ont attaché une pierre à mes jambes. Je ne peux pas les bouger. Je me suis assis. Je suis au balcon du minaret. En bas c’est le précipice. Je dois sauter. J’ai sauté. Je suis descendu en planant, à mes joues les caresses tendres d’un nuage cotonneux. Le vent balance légèrement. Je suis tout nu. Sur la mer est écrit en lettres géantes MER NOIRE. Nous avons heurté le bateau de papier. Je nage. Mon père en uniforme sur le quai. Il marche en sautillant sur son unique jambe. Tandis que je regardais de la fenêtre de l’un des wagons arrières les champs de blé, un grain de charbon est entré dans mon œil gauche. Il devait y avoir une station par là, mais il n’y en a pas. Je me suis installé dans le phaéton. Bruits de sabots. J’ai entonné la Marche d’Izmir.

(Traduit par Ahmet Soysal)